Night Landscapes Illuminations
Anna Pricoupenko
Projet d’exposition par Manon Béranger
« Un tel langage ‘serait un langage dont (le philosophe) ne serait pas l’organisateur, des mots qui n’assembleraient pas, qui s'uniraient à travers lui par entrelacement naturel de leur sens, par le trafic occulte de la métaphore, ce qui compte n’étant plus le sens manifeste de chaque mot et de chaque image, mais les rapports latéraux, les parentés qui sont impliqués dans leurs virements et leurs échanges’ ».
Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible, VI.
Le paysage est envisagé comme principe d’une écriture de la peinture. Une peinture qui serait une équation entre plusieurs approches de la représentation
- l’espace pictural
- la photographie
- l’écriture
Les suites de vues similaires introduisent la dimension temporelle, le hors champ de l’image, l’ébauche d’une fiction. Cette fiction est l’inconnue de l’équation.
L’intitulé « Illuminations », titre d’un recueil de poèmes d’Arthur Rimbaud, parlent d’une vision, il est question de lumière, mais aussi de nuit - rêve ou réalité ? La perception d’un au-delà du visible, monde intérieur, mis en abîme, en adéquation avec l’espace qui nous entoure dans un état de conscience augmentée. À travers l’obscurité qui laisse apparaître des astres restés invisibles jusqu’alors, chacun peut imaginer sa propre interprétation, une histoire, une mémoire enfouie.
Artiste diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris en 1983 et lauréate du Prix de Peinture Contemporaine en 1985 décerné par le ministère de la Culture, Anna exprime cette recherche au travers d’une pratique artistique pluridisciplinaire et de plusieurs séries d’oeuvres, aussi bien picturales, photographiques que par la vidéo.
Exposées à de nombreuses reprises, en France et à l’international, notamment au Salon de Montrouge, à la Galerie du jour - Agnès b., à Arteferia Bologna ou encore en Allemagne et en Suisse, ses oeuvres ont également fait l’objet de ventes publiques à l’Hôtel Drouot.
Anna Pricoupenko interroge la formation du regard, vers une approche introspective, en représentant des paysages transitoires, où l’idée d’attente et de devenir est centrale. Ces lieux, entre réel et fiction, se font véritablement fragments de narration, dans un esprit cinématographique. L’artiste porte une attention importante aux cadrages des paysages représentés et à leur positionnement au sein de l’espace pictural. Elle exprime ainsi un rapport méditatif aux oeuvres, sensible et expérimental, induit par la répétition systématique des images. Ses recherches l’ont également menée à aborder la relation entre le corps, l’architecture et le paysage, comme en témoignent ses séries Skin, Weak Force, Space Oddity, et les collaborations avec la danse contemporaine ou la performance. Anna Pricoupenko a également conçu des oeuvres en rapport direct avec l’espace urbain et architectural, autant en scénographie au musée Galliera, en réalisant des peintures murales sous l’égide de la fondation Cartier avec Marie-Claude Beaud, un mur peint, Voyelles, dans le 12e arrondissement de Paris, initié par la Direction de l’Aménagement Urbain de la Ville de Paris, ou la façade en verre sérigraphié dans le cadre de la construction d’un immeuble d’habitation par l’agence d’architecture Brunet Saunier dans le secteur Seine rive gauche. Les mots s’inscrivent naturellement dans l’architecture de style international, comme substituts des ferronneries en arabesque des balcons haussmanniens. Ils sont la projection de perspectives intimes dans l’espace souvent déshumanisé de la ville.
Les mots et leur puissance sont omniprésents dans l’oeuvre d’Anna Pricoupenko. Ils sont avant tout une matière première en adéquation avec la recherche visuelle et articulent poétiquement les séries de l’artiste.
Elle propose à travers différentes oeuvres sélectionnées d’envisager l’espace comme une expérience sensible, où l’oeuvre agit sur son environnement et sur ses spectateurs. Entre peinture, photographie et performance, ce travail explore la notion de paysage, aussi bien physique que pictural, dans une relation entre voilement et dévoilement, où le sentiment onirique est omniprésent.
Ces oeuvres sont chacune issues d’une photographie de paysage nocturne qui se trouve ainsi déclinée, retravaillée, par des relectures et des ajouts de matières évoluant sous la main de l’artiste et l’oeil du spectateur. Le paysage dépasse son motif pour laisser libre court à une pluralité d’interprétations. Chacune de ces compositions fait écho à son titre, extrait du recueil de poèmes Illuminations d’Arthur Rimbaud, proposant une symbiose entre les nuances de couleurs, la construction du paysage, physique comme mental, et le vers auquel il est lié.
- 1 peinture grand format, acrylique sur toile, 150*200 cm
- 5 peintures, acrylique sur toile, 150*150 cm
- 25 collages sur papier, 4 séries, 30*40 cm
- 1 vidéo
- 1 performance, le soir du vernissage ou programmée à des moments précis au cours de la période d’exposition
- 1 audio, La Nuit transfigurée d’Arnold Schönberg, la Sonate au clair de lune de Beethoven, Les Nocturnes de Chopin.